« Et une nouvelle année qui commence | Page d'accueil | Ecopolis, vraie révolution ou simples vitrines ? »

17 janvier 2008

Affaires de pêche

Les ressources halieutiques sont menacées partout dans le monde par la surpêche. Les études le disent, mais les décisions courageuses tardent. En novembre dernier, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT) n’a pas réussi à accoucher de quotas plus drastiques pour la pêche au thon rouge. Quant à l’Union Européenne, ses politiques en faveur de l’environnement sont souvent limitées. Dans l’esprit de ses états membres, les intérêts économiques à court terme ou les problèmes politiques prennent souvent le pas sur les considérations écologiques.


fd40eb7a224cc43ed23dee1eacff1fc9.jpgEn 2003, la Croatie crée une zone écologique de pêche (ZERP) afin de protéger les réserves halieutiques. La zone en question fait 57.000 km2 dans l'Adriatique. Après adoption du projet par le parlement croate, projet soutenu par les pêcheurs et les organisations environnementales, le gouvernement renonce en 2004 à appliquer les règles de sa zone protégée aux pays membres de l'UE dans le cadre de ses efforts pour adhérer à l'Union. Ce sont en particulier ses proches voisins l'Italie et la Slovénie qui y sont le plus hostiles. Finalement le parlement croate fixe l’application du projet à tous les pays au 1er janvier 2008. Or la date butoir est arrivée, la loi est entrée en vigueur, un bateau italien a été arrêté et condamné dès le 3 janvier pour avoir pêché dans la zone protégée. Aussitôt, l'Union européenne, présidée actuellement par la Slovénie, a lancé un appel urgent à la Croatie de ne pas mettre en application la zone de pêche protégée dans l'Adriatique afin d'éviter des conséquences négatives pour l'examen de sa demande d'adhésion à l'UE. La Slovénie est hostile à la zone écologique à cause de la question toujours non-résolue de la limitation des eaux territoriales entre les deux pays depuis leurs déclarations d'indépendance en 1991, l’Italie parce qu’elle ne veut pas qu’on supervise sa pêche.

Cette histoire ressemble une fois de plus à David contre Goliath. C'est aussi intérêt écologique contre intérêts économiques. L’Italie possède plus de 17000 bateaux de pêche et se classe deuxième derrière l’Espagne en Europe pour l’emploi dans ce secteur. Les Italiens pêchent 300,000 tonnes dans l’Adriatique chaque année contre 30,000 pour les Croates et 3,000 pour les Slovènes. Les Croates accusent les Italiens de dévaster les zones de pêche mettant en péril leur économie. La Chambre d’économie croate a calculé que le pays perd 250 million euros par an en laissant les Italiens pêcher sans contrôle dans l’est adriatique. La zone écologique est également utile pour le tourisme, qui base sa communication sur la pureté de la côte adriatique. « Tout le monde pense qu’on veut garder le poisson pour nous et nous débarrasser des pêcheurs italiens. La raison pour laquelle nous voulons voir appliquer la zone de protection c’est que nos enfants et petits enfants puissent avoir assez de poisson pour vivre. C’est notre devoir en tant qu’humain de préserver les ressources marines » explique Luciano Bose président du syndicat des Pêcheurs croates.

a8641f43d1cc5386b397e2d4bf6354db.jpgDavor Vidas, expert en droit maritime estime que Zagreb a toute légitimité pour imposer sa zone écologique de pêche mais s’y est très mal pris. L’idée de cette zone protégée remonte à 2001. La proposition d'alors était de créer une zone économique exclusive rattachée à la Convention des nations unies sur le droit de la mer. Le Parlement a rejeté l’idée craignant l’opposition de l’UE. Une erreur, selon certains, la Croatie était loin de l’entrée dans l’UE et cette dernière l’aurait alors acceptée telle quelle avec ses lois. Au lieu de cela, le gouvernement soucieux de ne pas mettre en péril ses négociations pour l’adhésion, a reculé, tergiversé…. Les élections de la fin de l’année n’ayant pas permis de dégager une majorité nette, l’affaire est restée en suspens. Le 8 janvier, le Premier ministre Ivo Sanader a enfin réussi à former une coalition, donc histoire à suivre.

Il reste que sur le terrain, l’application de la loi risque d’être difficile, la Croatie n’ayant pas assez de vedettes de patrouille ni de moyens radars. Il y a bien un plan d’investissement de 22 million euros mais ça va prendre quelques années avant de voir les résultats concrets. En quatre ans, rien n’a vraiment avancé malgré les intentions louables du départ et ce sont les petits qui trinquent comme d’habitude.

19:08 Publié dans Actualités , Environnement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : exploitation des ressources, pêche, Union européenne

Commentaires

Comme toujours un article édifiant ...

Ecrit par : Citoyen | 23 janvier 2008

Ecrire un commentaire