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18 avril 2006
Des maladies fabriquées par l’industrie pharmaceutique

C’est fort instructif. On apprend comment sont fabriqués et vendus les syndromes, les maladies ou tous les autres facteurs de risques supposés étendre le marché. Par exemple le Viagra au départ destiné à résoudre les problèmes érectiles des diabétiques ou des hommes opérés de la prostate s’est vu présenté par le laboratoire Pfizer comme la solution aux banales pannes passagères sans cause médicale chez l'homme jeune. Leur nouveau porte parole est un homme de 39 ans (!) ancien sportif, le laboratoire a dépensé 303 millions de dollars entre 1999 et 2001 en publicité. Bien entendu, Pfizer dément cibler les hommes jeunes mais il suffit de visiter son site pour se rendre compte de l’ambiance qu’il dégage.
Plus sérieux. Des problèmes sans gravité chez l'enfant sont aussi présentés comme de sérieux maux : ainsi le psychiatre britannique David Healy aborde la façon dont des firmes ont "vendu" le trouble bi-polaire (maniaco-dépression), entraînant une explosion de diagnostics chez les enfants américains, certains ayant à peine deux ans. La promotion du "fast food" dans les écoles a suscité de larges débats, mais pas "l'infiltration des écoles par l'industrie pharmaceutique", déplore Christine Phillips (Australie, université de médecine, Acton) qui détaille les modalités de "formation" des enseignants et infirmières scolaires sur les déficits d'attention liés à l'hyperactivité (ADHD) et leur traitement par psychostimulants. Entre 1990 et 1995, les prescriptions de méthylphénidate (Ritaline) chez les jeunes ont plus que doublé aux Etats Unis, et ont été multipliées par cinq au Canada. En 2001, cinq millions d'écoliers américains (10%) ont fait leur rentrée sous calmants (antidépresseurs, neuroleptiques ou médicaments pour se concentrer comme la Ritaline...), selon des experts américains. Les rappels à l'ordre des autorités sanitaires face aux dérapages publicitaires directs ou indirects apparaissent bien faibles au vu de l'ampleur prise par ces méthodes de vente, selon Plos Medicine.Si les conséquences de ce comportement de l’industrie n’étaient que financières, passe encore mais l’ennui c’est que l'accroissement indu de la consommation médicamenteuse augmente les dégâts iatrogéniques (effets indésirables dus aux traitements) d'autant plus dommageables lorsque le bénéfice potentiel du traitement pour la personne concernée est discutable.
Les Etats-Unis sont particulièrement concernés du fait de la grande receptivité de ses citoyens aux messages concernant la santé. En effet, une enquête menée par l'Union Européenne et la National Science Fondation US montre que les deux-tiers des Américains se déclarent très intéressés par les nouvelles découvertes médicales contre 44% des Européens. Les Américains cherchent des solutions technologiques à tous leurs problèmes et pensent que ce n'est qu'une question de temps avant que la médecine ne soigne l'obésité, la ménopause, la calvitie, la timidité, le vieillissement et même la mort ! Pays béni des dieux pour les laboratoires pharmaceutiques ! Mais le problème de la "création" ou la "redéfinition" de maladies nous concerne aussi en Europe. Chez nous, les labos ciblent plutôt les praticiens de santé qui répercutent ensuite sur leurs patients. La vigilance et le discernement restent de mise.
20:40 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Santé, industrie pharmaceutique, fabrication de maladies
Commentaires
bravo pour votre post! on ne dénoncera jamais assez ce scandale. Une visiteuse médicale m'a raconté que du temps où elle présentait le Nopron (somnifère pour enfants), elle avait pas mal d'avantages quand il s'en vendait plus.
cette affaire de redefinir la maladie m'apparait sèrieuse autant que celle de redéfinir le secret professionnel de sieur Bénisti pour le mutualiser (plan de prévention de la délinquance qui commence en crêche)
http://www.jabenisti.com/IMG/pdf/rapport_de_la_commission_prevention_62_pages.pdf
on est de plus en plus manipulés.
Ecrit par : david vincent | 18 avril 2006
Je crois evidemment que vous avez raison concernant les syndromes toujours réactualisés et créés pour vendre plus de produits pharmaceutiques. J'insiste sur le terme de produits car loin parfois est la logique de nos bons vieux médicaments.
Pour eviter ce genre de débordement, il faut redonner vie à une réflexion critique et scientifique. Pour cela nous avons besoin au niveau frnaçais et européens de recruter des jeunes chercheurs qui ont été souvent refoulés des universités et des postes de recherches pour diverses raisons (on rappelle que Albert Einstein avait vécu hors circuit des universités pendant ces 5 premieres années de vie active et qu'il avait pu alors écrire sa relativité... dont il reçut le prix Nobel... etre viré des instances de recherche peut etre bon signe).
Pour revenir à mon propos, il faut cultiver chez nos jeunes chercheurs l'art de décrypter la vérité à partir des productions scientifiques. Aussi grace à l'Europe nous devrions creer un corps de chercheurs capables de faire des synthèses bibliographiques puissantes et batir des théories sans avoir besoin de la paillasse.... Ce corps de chercheurs pourrait par ailleurs avoir les fonctions de journalistes scientifiques permettant ainsi d'aller au plus profond de la science.
DOués de véritables possibilités de publication, ce corps de chercheur pourra répercuter la science vers les journaux classiques mais également lancer des debats au sein du milieu scientifique et organiser des synthèses plus objectives que celle qu'on peut lire aujourd'hui. Souvent les grands mandarins finassent pour etre clair sur des résultats soit douteux soit médiocres.
Nous avons besoin de relancer la recherche et la synthèse au sein de grand programmes de communications intra-scientifique et extra-scientifiques.
Pour éviter les abus de syndromes fictifs, des esprits ainsi récupérés de la sélection injuste des universités permettra de relancer le dynanisme et l'éthique des sciences. Ceci est necessaire et insuffisant. Le plus important est de donner une vraie culture aux scientifiques qui ne savent que lire des BD ou quelques classiques...sortis de cela, ces abrutis sociaux sont incapables parfois de s'extrapoler sociologiquement ou intellectuellement faute de culture bien solide.
Ainsi vous voyez, la recherche a besoin d'etre renouvelée... à moins que son destin soit d'etre dépassée.
Ecrit par : Yannick Comenge | 09 mai 2006
Bonne initiative que de poursuivre les enquetes en matière de fabications de maladies. je vous invite à venir voir notre cycle dedébats publics qui aborde ces questions de santé mentale avec une place pour les neurosciences de moins en moins claire.
Nous publions les comptes-rendus de ces séances en ligne et nous espérons réunir une large table ronde politique le 31 mai à l'Hotel de ville de Paris pour mettre les pieds dans le plat !
Donnez nous des nouvelles...
Ecrit par : Browaeys | 27 février 2007




