11 avril 2006
La Terre se dessèche
Du 16 au 22 mars dernier se tenait à Mexico le 4è forum mondial de l'eau avec pour thème "l'accès à l'eau pour tous". Quelques semaines avant, le magazine britannique New Scientist avait fait sa couverture avec ce texte : il faut 20 000 litres d'eau pour faire pousser un kilo de café, 11 000 pour un hamburger et 5000 litres pour fabriquer un kilo de fromage. Pas étonnant que la Terre se dessèche... Cette une a attiré mon attention et j'ai emprunté le numéro à ma bibliothèque préférée.
Fred Pearce, consultant et auteur de plusieurs livres sur les questions environnementales, raconte ce qu'il a vu en Inde et pose des questions pertinentes. Les fermiers indiens, comme bon nombre de leurs homologues dans le monde sont dépendants de l'irrigation et donc de l'eau pompée dans le sous-sol. Le problème c'est qu'on puise plus d'eau dans les nappes qu'il n'en tombe sous forme de pluies. Dans les années 60, le monde avait peur de ne pouvoir nourrir une population en forte augmentation. Et puis de nouvelles variétés de céréales à haut rendements sont arrivées, blé, maïs et riz. Le problème, explique Fred Pearce, c'est que cette "révolution verte" dépendait d'un usage massif de l'irrigation. Aujourd'hui on dispose de deux fois plus de nourriture que la génération précédente mais on utilise pour cette nourriture trois fois plus d'eau. Les deux-tiers de l'eau extraite de notre environnement va à l'irrigation des cultures. C'est évident que ce n'est pas tenable et que la catastrophe menace. Il ne s'agit plus de savoir si mais plutôt quand l'eau disparaîtra. Bien sûr cela ne se fera pas partout à la même vitesse mais cela déstabilisera le monde à coup sûr. Cette crise ne concerne pas uniquement le monde en développement. Nos pays riches importent des produits qui ont poussé grâce à de l'eau puisée dans les réserves souterraines, le riz de Thailande, les tomates d'Israël, le café d'Ethiopie et même les oranges d'Espagne !
Alors que faire pour éviter l'apocalypse ? Certainement pas se lancer dans des grands travaux genre barrages ou canaux. En Inde, une ancienne méthode est remise au goût du jour : capturer les eaux de pluies. En effet, une grosse partie des pluies de mousson n'atteint jamais les rivières ni s'infiltrent dans les sols. Elles s'évaporent au soleil ou s'évacuent en torrents impétueux. 20 000 villages se mettent à récolter la pluie grâce à des systèmes de drainage et de stockage. En fait ils ont redécouvert une vieille tradition utilisée dans le pays jusqu'au début du 19è siècle, les champs étaient irrigués grâce à des réservoirs au fond des vallées qui capturaient les pluies de mousson chaque été. Les Indiens les appelaient tanka, mot repris en anglais pour réservoir : tank. Cette solution est expérimentée dans d'autres pays comme le Mexique, le Pérou, la Chine, la Tanzanie ou encore le Maghreb.Autre piste : les variétés locales sur lesquelles la recherche agronomique devrait se pencher sérieusement. Par exemple en Afrique, le sorgho se comporte mieux que le maïs lors des épisodes El Niño, plus secs. Enfin, dans les pays riches, c'est le goût immodéré pour la viande, les produits laitiers, le sucre sans oublier les produits plus exotiques qu'il va falloir changer. Il serait raisonnable de se remettre aussi à consommer les légumes et fruits de saison produits le plus localement possible.
Le nouveau livre de Fred Pearce, When the rivers run dry est sorti en mars en Angleterre et aux Etats-Unis.
11:30 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Fred Pearce, crise de l'eau, exploitation des ressources





Commentaires
C'est un sujet fondamental pour notre survie mais il y a un énorme effort pédagogique à faire lorsque l'on voit dans notre région des agriculteurs arroser des champs de maîs en mileu de journée alors que70% de l'eau ne pénétrera pas dans le sol ...et que les gens continuent de laver leur voiture en période de sécheresse...
Ecrit par : ulysse | 17 avril 2006
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