« Qui se soucie de l'an 3000 ? | Page d'accueil | Le mythe de la longévité »

19 février 2006

Grippe aviaire et chikungunya

Deux poids, deux mesures. C'est mon sentiment lorsque je regarde la couverture médiatique de la grippe aviaire et du virus du chikungunya. Depuis quelques jours, les journaux télé ne parlent que de l'arrivée du virus H5N1 en France. Le principe de précaution fonctionne à plein régime : confinement des volailles partout, mises en garde contre les pigeons (inutile, ils ne sont pas atteints pas le virus donc ne peuvent le transmettre), interdiction de toucher les oiseaux morts (personnellement je ne connais pas grand monde qui s'amuse à tripoter les oiseaux morts)... Sans oublier la publicité autour d'un médicament supposé le seul rempart contre une épidémie humaine, le Tamiflu.


medium_volailles.jpgBien sûr, il y a eu des cas de transmission du virus de la volaille à l'homme en Asie et en Turquie notamment et des décès mais la grande proximité des élevages avec les hommes peut expliquer la contamination. Bien sûr que le risque de recombination du virus sous une forme pathogène pour l'homme est possible. Bien sûr que les autorités doivent rester vigilantes. Mais tout ce battage médiatique qui dure depuis plusieurs mois ne réussit qu'à instiller la peur dans les populations et augmenter les bénéfices du laboratoire Roche, fabricant du Tamiflu.

On oublie que si le virus de la grippe aviaire est arrivé jusqu'ici c'est que l'on a rien fait pour le contenir en Asie. Dans le numéro de janvier de Sciences et Avenir, Bernard Vallat, directeur de l'Organisation internationale de la santé animale, rappelle que cette crise aurait pu être évitée. "Si nous avions aidé les pays d'Asie au tout début, le risque aurait été très atténué. Les investissements pour la prévention de la pandémie chez les oiseaux auraient été dérisoires. Nous avons alerté la communauté internationale en vain. Quand une souche virale animale est dangereuse pour l'homme, il faut l'éliminer." Dans cette histoire de grippe aviaire, il y a pas mal de choses qui m'échappent, des décisions qui me semblent prises en dépit du bon sens, il doit me manquer des éléments pour comprendre.

medium_moustique.jpg Bref, pendant que toute la France s'inquiète de la grippe aviaire, l'île de la Réunion, qui je vous le rappelle est un département français, est confrontée à un virus qui lui touche les humains : le chikungunya. Un nom qui doit nettement être moins familier, pas étonnant vu le peu qu'on en parle. Pourtant, le virus, transmis par un moustique, sévit depuis mars 2005 dans l'île et a déjà touché 110 000 personnes. Le rythme d'infection s'accélère : 22 000 personnes ont été touchées durant les premières semaines de février et d'autres îles de l'Océan Indien sont atteintes à leur tour : Maurice (206 cas) et les Seychelles (1255 cas). (Chiffres OMS)

Quels sont les symptômes ? Environ 4 à 7 jours après la piqûre de moustique infectante, une fièvre élevée apparaît brutalement. S'y associent alors typiquement d'importantes douleurs articulaires et musculaires touchant les extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges), des oedèmes, des céphalées et, parfois, une éruption cutanée. Il n'existe ni vaccin ni traitement préventif. L'évolution spontanée de la maladie est le plus souvent favorable. Mais des cas graves ont été signalés à la Réunion avec des complications neurologiques et des cas de méningo-encéphalites chez des nouveaux nés. 52 décès survenus en 2006 mentionnent également le chikungunya comme ayant pu contribuer au décès. Seulement personne n'est d'accord sur l'impact réel de l'épidémie et la décision de la direction régionale des affaires sanitaires et sociales (Drass) de saisir l'Institut de veille sanitaire (InVS) pour analyser la surmortalité enregistrée en 2005 à la Réunion et peut-être liée à l'épidémie n'est pas de nature à rassurer. Les quelques images diffusées à la télé montrant l'armée en combinaison blanche et masque à gaz pulvériser en grande quantité des produits chimiques destinés à se débarrasser des moustiques, non plus.

J'ai vraiment l'impression que dans ce cas, le principe de précaution dont on nous rebat les oreilles n'a pas été appliqué. Depuis le mois de mars 2005 que les premiers cas sont apparus, ne me dites pas qu'il n'y avait pas moyen d'organiser une lutte efficace contre les moustiques, une lutte sûrement plus respectueuse de l'environnement que ce qui se passe en ce moment. Quant aux raisons de ce manque de réactivité, je n'en ai aucune idée... pour l'instant. Juste des vagues soupçons pas très politiquement corrects.

Pour ceux qui cherchent à s'informer, il vous suffit de taper "chikungunya" dans Google News (en anglais et/ou français selon vos compétences linguistiques). Un certain nombre de journaux consacrent des articles à cette épidémie notamment des journaux réunionnais dont le point de vue est très instructif.

Commentaires

Je vous remercie de votre article . En effet, étant réunionnaise, c'est exactement le sentiment que j'ai depuis des mois. Si le chikungunya vous interesse vraiment, je vous invite à aller sur ce site : http://www.chikungunya.re , il est trés complet, comprend des liens vers les journaux locaux, des articles des élus locaux, de médecins , et bien sûr un forum.

Ecrit par : Murielle | 03 mars 2006

Ecrire un commentaire